Grand Raid de la
Réunion 2012 - Récit de course de Franck
A vous lecteurs, je demande de
l’indulgence car je me livre à un exercice que je n’apprécie guère et que je ne
maîtrise pas… Mais toute expérience mérite d’être partagée, alors pour
l’occasion, cette occasion, je fais un
effort ! Qui sait… le plaisir viendra au fur et à mesure ?
21h00, parking du restaurant de
l’Etoile de Mer à Saint-Philippe, à proximité de Cap Méchant. Alors que nous
sommes assis (David, Philippe et moi) appréciant les prestations des groupes de
musique locaux avec quelques 2500 autres raideurs, nous sommes surpris par la
levée collective et l’amassement vers la ligne de départ.
« Déjà ?! ». Nous avions fait l’effort de nous placer près des
grilles sous l’arche (par la même occasion près de la scène…) mais malgré cette
anticipation, nous nous retrouvons aux alentours de la 400ème
position. Soit. Nous voilà partis pour 1h00 d’attente debout, serrés les uns
contre les autres avec une seule chose à faire : penser. C’est le genre de
moment propice à régler quelques problèmes existentiels, genre « que
fais-je là ? » ou à retracer le chemin parcouru jusqu’ ici.
Sans retracer l’historique
complet, je me remémore les moments forts : La proposition de David voilà
un an de participer à cette course, mon acceptation immédiate, le Go de
Philippe et le « recrutement » de Céline. Nos épouses derrière nous
dès le début.
La conquête des
dossards. Seul David et son Mac ont bravé les lourdeurs des serveurs au matin
du 1
er Mars 2012. Philippe et moi sommes restés sur le carreau. Le
cas de Philippe sera réglé quelques semaines plus tard. Pour ma part, il faudra
attendre la mi-juillet pour avoir le précieux sésame. Je remercie encore une
fois les contributeurs qui se reconnaitront.
La gestion de la blessure fit
partie intégrante de ma préparation. Une déchirure du tendon d’Achille gauche
m’éloigna des chemins d’octobre 2011 à juin 2012. Heureusement que le
triathlète bénéficie d’autres exutoires… Alors, lorsque ma participation est
confirmée, autant dire que le triathlon de l’Alpe d’Huez auquel je me préparais
devint un objectif secondaire malgré le charme de l’épreuve. Mais les déboires
n’étaient pas terminés pour autant. C’est à ce moment qu’apparut sans prévenir
une tendinite (eh oui !) à l’aponévrose plantaire droite qui déclencha une
course contre-la-montre entre cicatrisation et un minimum d’entrainement. C’est
alors que sans travail de vitesse de base, je débutai les sorties longues
(environ 8h00) dès le début du mois d’Août à raison d’une sortie tous les 15
jours (elles sont toutes retracées sur le blog). Mais la blessure ne me
permettait pas de mettre trop de qualité dans les entrainements intermédiaires.
C’est comme ça qu’en septembre j’ai été contraint de ne faire que 3 séances de
9/10 heures en un mois à quinze jours d’intervalles chacune. Il y a mieux comme
préparation… Heureusement, ma patience fut récompensée. La douleur s’estompera
dès le début du mois d’octobre pour disparaitre complètement aux alentours du
12 (footing de décrassage sur la plage de Boucan Canot).
C’est pour tout cela que ma
présence ici a un goût particulier. Celui de la reconnaissance, celui de la
fierté du travail accompli, conscient de la « chance » d’être là, en
bonne santé, prêt à en découdre.
Après avoir profité du buffet du
restaurant voisin du départ, nous nous sommes préparés et revenus vers les
vérifications techniques.

L’entrée est étroite mais jouer
des épaules ne nous impressionne pas. Soit, ça passe. RAS, côté contrôle… sauf
pour Philou qui a perdu
ses piles de
rechange !! « Mort de rire n°1 ». Je me dis :
« mais comment a-t-il pu faire alors que nous vérifions les sacs depuis
plus de 2 jours et qu’en plus il a fait un détour avant Saint-Philippe pour….
Acheter des piles !! ». Mais je me dis
aussi : « Tiens… où sont les tiennes de piles ??? ».
Et là… « Mort de rire n°2 ». Je ne les ai pas !!!! Quelle
quiche ! Je m’empresse d’envoyer un SMS à Fany afin qu’elle m’en apporte
au volcan. Elle me dit ok et me voilà rassuré avant le « mort de rire
n°3 » : Philou trouve un paquet de 4 piles à ses pieds, égarées par
un raideur. Il a la gentillesse de m’en laisser une. « Le mort de rire n°
4 » interviendra 48h00 après lorsque je m’apercevrai qu’elles étaient HS
ces piles…
9h15. Nous ne sommes pas les
seuls prêts à en découdre. Les 2700 (ou
presque) raideurs sont là, agglutinés devant la ligne de départ. Nous
apprendrons plus tard qu’en raison des bouchons certains raterons le départ,
mais aussi les filles ne parviendront pas à aller se positionner sur la route
bitumée afin de nous apercevoir une dernière fois, tout ceci en raison des
embouteillages.
45 minutes à attendre, debout, à
se regarder dans les yeux, s’encourager une dernière fois, en priant qu’il ne
pleuve pas, surtout pas durant cette interminable attente immobile. Certains
s’accroupissent afin de satisfaire les besoins de dernière minute.
Personnellement je n’avais jamais vu ça, les triathlètes opèrent directement
dans leur combinaison. On se demande à ce moment-là que font certains sur cette
ligne de départ, parés d’un bonnet en laine aux couleurs rastas et surtout si
près des tout meilleurs. On en rigole… on ne se moque pas, mais on rigole.
9h30. Les favoris sont appelés un
à un. Au nombre de 50, je trouve personnellement que cela fait beaucoup de
monde tout ça supportant l’appellation de favori, à savoir « qui peut
s’imposer ou faire une place ». Soit. L’avenir me donnera en partie
raison.
9h45. La pression se fait de plus
en plus forte. L’envie est là. Il faut partir. Il faut lâcher les fauves. Il
faut en découdre.
9h59. Le compte à rebours va
débuter, lancé par le président Chicaud.
5… 4… je n’entendrai pas le 3… 2…
1. Tout le monde part, se bouscule en essayant de se placer. La hantise à ce moment
est de se retrouver dans les tant redoutés bouchons dans la montée du volcan.
Cap Méchant – Le Volcan
Nous partons tous les 3 en se
tenant le sac, ou la main par moment et en s’appelant pour ne pas se perdre.
Nous n’avions pas prévu de courir ensemble tout au long des 170 km mais se
départ commun a quelque chose de magique, d’imprévu. Nous voilà partis dans la
cohorte des raideurs pour quelques 6 km de bitume. Le rythme est soutenu,
quasiment allure marathon. Dès le départ je nous estime en 400
ème position,
ce qui est l’objectif pour la montée du volcan. Nous doublons des compétiteurs,
beaucoup de compétiteurs. A chaque cri aigu j’imagine que je vais voir Fany au
bord de la route. Cela n’arrivera pas pour les raisons évoquées précédemment.
On court tous les 3 sur cette
route bitumée jusqu’au premier virage à gauche qui annonce le début des
hostilités. Les premières pentes apparaissent et nous décidons de gérer en
alternant marche et course en fonction de la pente. On continue à doubler et à
se faire doubler. Je pense qu’au chemin de ceinture nous sommes toujours aux
alentours de la 400ème position. C’est à ce moment que je perds la
trace de Philou qui ne répond plus à mes appels. Le chemin forestier que nous
entamons (avec David) va nous amener petit à petit en pente douce jusqu’au pied
de la montée du volcan. Nous courons sans arrêt sur ce chemin et doublons un
grand nombre de raideurs mais sans nous affoler pour autant. Les mots d’ordre
sont « gestion » et « lucidité ». Il faut s’alimenter,
boire régulièrement afin de garder toute l’énergie en ce début de course. On se
contraint à ralentir, les jambes sont là mais nous ne voulons pas nous griller.
Je suis même surpris et j’en avise David : « tu ne trouves pas qu’on
va trop vite ? Pas dans l’absolu mais relativement aux
autres ? » Je crois qu’il me répondit :
« peut-être… ». Le ravito Kiosque Champhrier arrive et nous ne nous
arrêtons pas très longtemps, juste le temps de faire le plein car nous savons
la prochaine section longue et dure, nous ne voulons pas risquer la panne
sèche.
La pluie a fait son apparition
mais il ne fait pas froid. En même temps, à la vitesse à laquelle nous courons,
ce n’est pas étonnant… Mais la vitesse va diminuer pendant la montée, pas de
crainte. Nous démarrons le chemin de GR et très vite nous intégrons un groupe
d’une petite dizaine de personne. Ça ne monte pas vite mais le rythme est
régulier. Je surveille mon cardio qui ne dépasse pas les 140 bpm (75% FC max
environ pour moi) et je ne souffre d’aucun essoufflement. Je me place en 2 ou 3ème
position du peloton (comme en vélo, la meilleure place !) et gère en même
temps le meneur d’allure de notre groupe en lui demandant d’accélérer ou de
ralentir en fonction des coureurs que nous rattrapons. La montée se passe
plutôt bien. Nous voyons des coureurs en perdition (déjà !!!) sur le bord
du chemin. Je me dis : « ils sont fous de se mettre dans le rouge si
tôt ». Les gars font un « arrêt-buffet » au bout de 15 bornes…
ça promet. Par moment, j’entends comme un dérapage contrôlé derrière moi. Il
s’agit de David qui somnole. Il me dit souffrir du sommeil. Un comble pour une
marmotte comme lui !
La pluie va s’intensifier et nous
nous couvrirons dès les premiers passages à découvert avant Foc Foc. L’avantage
d’être deux est que nous pouvons nous mettre le coupe-vent sans avoir à nous
arrêter en se tenant à tour de rôle le sac. Je suis surpris en arrivant sur les
crêtes : la densité des coureurs est très faible et parfois même nous
n’avons plus de frontale devant nous pour ouvrir le chemin. Le balisage est de
qualité mais il faut cependant lever le nez. J’imagine, sans le voir, le
paysage que nous traversons avec cette pierre agressive et râpeuse qui ne doit
pas pardonner la moindre chute. Nous arrivons au ravito de Foc Foc et nous ne trainons
pas non plus. Il reste quelques km avant le ravito du Volcan où Fany et Cathy
nous attendent, j’ai hâte d’entendre les encouragements… et de récupérer mes
piles !
La pente s’affaiblit, une
succession de montées et descentes douces nous mène au volcan. Nous devons nous
orienter car il n’y a pas foule sur ces chemins. Nous apprendrons plus tard que
nous naviguions aux alentours de la 150ème position depuis la montée
du volcan. Ca y est nous l’apercevons. Nous arrivons en courant dans la tente
du ravito après le pointage. Le plein fait, je commence à chercher les filles.
Pas de Fany à l’horizon. On se dit qu’elles doivent être garées sur la route
sur le départ… que nenni ! J’appelle Fany et lui demande :
« vous êtes où ? ». Elle me répond : « on est au ravito
du Volcan ». Je lui demande : « quel Volcan ? ». Et
là, sa voisine de fortune lui dit : « madame, vous êtes au piton
Textor ici… ». J’ai mieux compris tout à coup pourquoi nous ne les avions
pas vues…
Le Volcan - Cilaos
Pas de panique, nous arrivons, il
ne reste que quelques km en descente avant le piton Textor et nous aurons
couvert le premier de nos 4 marathons à effectuer. Si le ravito du Volcan, nous
l’avions vu de loin, celui du piton Textor, nous l’avons entendu !! Une
ambiance de dingue, les meilleurs tout simplement. Musique, perruques, chaleur
humaine et… Fany, Cathy, Séve, Fred et les pitchounes… et mes piles ! Les
filles, qui recevaient les pointages, nous annoncent 143ème et 144ème.
On ne s’arrête pas trop longtemps et repartons dans les descentes moins
accidentées vers Mare à Boue. Et là… et là… lumineuse idée de David :
« Avant Cilaos, on est dans les 100 premiers ! ». Je savais que
des fois il n’était pas net… mais là, il touche le fond. Soit. Pris au jeu nous
commençons à compter les raideurs que nous doublons sans pour autant se
griller, nous faisons la descente. Justement la descente n’est pas très
technique mais elle est très glissante et les chemins sont bordés de fils
barbelés qui me rendent plutôt nerveux. Comme en VTT, il ne faut surtout pas
regarder là où tu ne veux pas aller. Mais c’est plus fort que toi ! La
première chute intervient (pas la seule je crois). C’est une belle glissade
opposée heureusement aux fils barbelés. Mais c’est la méga-loose de se
retrouver les mains dans la fangue… et les fesses aussi. Soit, nous continuons
notre descente et nous pointons à Mare à Boue en 112ème position,
mouillés mais physiquement frais avec l’envie de repartir rapidement.

A partir de Mare à Boue, nous
allons emprunter ce fameux chemin, ou torrent plutôt qui nous mènera au gite du
piton des Neiges. Interminable ce chemin-torrent. Il avance en crête. On
n’aperçoit jamais la fin. Tu crois que c’est fini ! Eh bien non. Ça
recommence. Cependant, je me sens plutôt très bien sur cette section en
cherchant le haut des pierres pour rester au sec. Nous continuons à reprendre
des raideurs sans accélérer. Tout à coup, nous entendons :
« Catalans ?! ». Nous avions mis le buff de l’Altriman afin de
mieux nous repérer lors du départ avec Philippe et David. Je réponds :
« non ! Je suis de la Haute-Vallée de l’Aude, le buff vient de
l’Altriman ». Et le raideur nous répond « ben je suis
l’organisateur ! » Il s’agissait de Benoit Phalippou, en effet,
l’organisateur de l’Altriman et du challenge de triathlon O3 Séries. Nous lui
demandons si tout est ok pour lui. Il nous dévoile sa stratégie de course, à
savoir que lui va moins vite lorsqu’il se déplace mais en revanche, comme il ne
dort pas, il double tout le monde sur les ravitos. Dans ma tête je me dis «c’est une
stratégie… ». Malheureusement, nous apprendrons à l’issue de la course que
Benoit a bâché à Cilaos, soit à peine 8 km après nous avoir exposé sa
stratégie. J’espère qu’il ne s’est pas blessé. Arrive enfin le gite du Piton
des Neiges qui annonce la descente sur Cilaos. Le moral est là car on nous
annonce du soleil dans le cirque de Cilaos alors que nous supportons la pluie
et la boue depuis le départ.
Nous entamons la descente. C’est,
mais je ne le sais pas encore, le début de ma fin. Comme d’habitude David
descend mieux que moi mais là, il y autre chose. Je ressens une douleur au
genou droit, sur l’extérieur. Je décide alors de compenser avec ma jambe
gauche. Pour la première fois de la course, j’ai l’impression que nous nous
faisons doubler plus que ce que nous doublons. Nous arrivons enfin sur la route
pour les quelques km de bitume qui nous mèneront au fameux stade de Cilaos.
Stade dans lequel l’ambiance est surréaliste, tout le monde nous félicite, nous
encourage. Le soleil est de la partie, enfin. Nous allons nous changer et
repartir dans du sec. Le top.

Arrivant sur le stade avec la
banane et la patate (on reste dans les produits locaux), nous savons que les
filles doivent faire l’impasse du Cilaos. Et là, oh surprise
Fredo et Séve nous attendent (Séve nous
annonce Philou à Mare à Boue). Deux kinés rien que pour nous. Nous récupérons
nos sacs personnels et commençons à ôter les vêtements froids et trempés que
nous portons depuis trop longtemps. L’appréhension est là, au moment d’enlever
les chaussettes et pour cause… Mes pieds… Venus d’ailleurs, venus du Kerveguen.
C’est simple, imaginez un bol de vermicelle trop cuit et en manque d’eau et
vous obtenez mes petons à cet instant. J’ai l’impression que si je les touches,
je vais perdre des lambeaux de peau. Ce n’est pas possible, je ne peux pas les
remettre dans les chaussures dans cet état. Soit. Nos kinés préférées débutent
les massages après avoir pris une petite douche plus froide que tiède. Fredo me
dit que musculairement elle ne ressent aucune tension ce qui a le mérite de me
regonfler le moral. Je crois que c’est la spécialité de Fredo d’ailleurs :
regonfler le moral des raideurs. Elle est formidable. Séve en profite pour nous
passer son cigare chinois (pas de mauvais esprit svp) sur les points-cible. Je
ne rechigne à aucun soin car j’en profite pour sécher des pieds et
lézarder au soleil de Cilaos. Ca y est. Nous
sommes requinqués. Un passage par la cantine pour un riz poulet de compétition,
un détour par le ravito pour faire le plein du sac et nous voilà repartis après
plus d’une heure de pause en 200
ème position environ. Mais pas
d’affolement la course va être longue…
Cilaos – Sentier Scout
Nous profitons du départ en ville
pour trottiner et remettre l’église au centre du village. Il ne faut pas que le
corps se croit déjà à la Redoute. C’est loin d’être le cas. Nous ne sommes plus
en avance sur notre tableau de marche (pause oblige) mais nous comptons arriver
au Sentier Scout où Fany et Cathy nous attendent avant la nuit. Nous commençons
par descendre le sentier des sources. Pas de quoi s’affoler mais une douleur au
genou gauche apparait. Je ne sais pas encore que ce sera ma plus fidèle
accompagnatrice dans très peu de temps et pour longtemps. Après un court passage
de bitume nous entamons encore une descente vers Bras Rouge avant de remonter
vers la route d’Ilet à Cordes qui marque le pied de la vraie ascension du
Taïbit. Dans la descente, je ne sens pas mes jambes, mauvaises sensations,
celles de l’effort sur la digestion. Je me dis que nous nous sommes trop longtemps
arrêtés à Cilaos, mais c’était si bon… Quoi qu’il en soit, je n’y arrive pas.
Je demande à David de partir devant, lui dit que nous nous retrouverons au pire
à Sentier Scout et que cela peut lui laisser le temps de dormir alors que moi,
je n’en ressens pas le besoin. Il le fait, mais à contrecœur presque, du moins,
c’est l’impression que j’ai. Je monte à ma main (du moment en tout cas…).
Là, je rattrape un coureur qui me
parait nerveux. C’est le genre de rencontre dont on se souvient. Il se targue à
qui veut bien l’entendre que c’est « un avion en montée » mais qu’il
ne « peut pas descendre à cause d’une tendinite au tendon rotulien ».
Le besoin de se justifier… Cela nous fera bien rire un peu plus tard avec
David. Et oui ! Avec David. Alors que j’attaque la montée du Taïbit en me
mettant au train derrière la 7ème féminine, j’arrive au « ravito
sauvage de la tisane » et là, qui vois-je ? Le
« Dave » ! Assis, le regard quelque peu perdu en train de
siroter une tisane. Enorme. Je lui dis que ça va mieux pour moi et nous voilà
repartis à l’assaut du col ensemble.
Le soleil de Cilaos a pris un
coup de froid. Avant le sommet nous prenons LE grain de cette couse. Affreux,
énorme, il se met à tomber des cordes alors qu’on nous avait annoncé le soleil.
Pas de panique se dit-on. Dans Mafate il fait toujours beau, les nuages ne
franchissent pas… Mes fesses !! On attaque la descente sans profiter un instant
de l’endroit où nous sommes, sans nous rendre compte de la marche que nous
venons de franchir : le Taïbit.
Dès les premiers mètres de la
descente, la douleur au genou se fait de plus en plus prégnante. Impossible de
courir sur le plat et en descente. J’ai des scrupules car je vois que je
ralentis mon comparse. La douleur est insoutenable. Je ne sais pas encore que
ce que je ressens là n’est rien comparé à ce qui m’attend plus loin. On se fait
doubler, forcément. Je serre les dents car nous arrivons très rapidement sur
Marla où un poste de secours nous attend. Pendant que David se restaure et va
se reposer sous une tente, je fais un détour par la case Kiné. Aussi gentils
furent-ils, ils ne me proposèrent qu’un coup de stick de Synthol. C’est comme s’ils
avaient pissé dans un violon. Soit, je devine que je n’aurais pas mieux ici. La
pluie se désintensifie mais ne s’arrête pas pour autant. Je vais récupérer
David sous sa tente afin de repartir avant de trop se refroidir. A la sortie du
camp, nous remarquons un feu sur notre droite. David tente de m’entrainer près
des flammes pour faire sécher nos affaires. Nous sommes trempés et frigorifiés.
Qui plus est je ne peux pas courir ce qui empêche le corps de monter en
température.
On part sur un rythme marche soutenue
vers la plaine des Tamarins. Nous rattrapons un troupeau de raideurs. Il s’agit
d’une partie de l’équipe de la Joëllette. Bravo à eux. Et quel enthousiasme.
Nous menons bon train malgré la douleur qui est cependant moins intense en
côte. Nous basculons au sommet du col de Fourche, très humide ce jour-là… Nous
sommes depuis quelques temps en compagnie de Corine Favre, quadruple lauréate
de l’épreuve. Elle navigue en 6 ou 7ème position chez les filles.
Elle ne compte pas terminer d’après ce que je comprends. Je ne sais pas encore
que nous ferons un bout de chemin avec elle un peu plus tard dans la nuit.
La montée finale du col de
Fourche est raide, courte mais raide. La descente est vertigineuse. Je ne suis
pas pressé de descendre d’ailleurs. Et pour cause, dès les premiers mètres, la
douleur est là, présente et bien plus puissante qu’au cours de la descente
précédente vers Marla. Je regrette de ralentir David. S’en est trop, je ne peux
pas courir, pire j’avance de façon asymétrique, la jambe gauche se tend, le
genou ne pouvant se plier pour pouvoir lancer ma jambe droite dans la pente.
J’arrive à négocier avec David qu’il parte devant rejoindre les filles qui
doivent nous attendre impatiemment au Sentier Scout. Je termine seul ma
descente à l’agonie. C’est ma souffrance, pas la sienne. Lorsque j’arrive au
ravito, Fany est là, le sourire en avant, comme d’habitude. Ça me réconforte.
Le moral est là, mais c’est mon physique qui me fait défaut. Fany me prend en
charge, elle me montre les différentes tentes (ravito, médecins, kinés, etc…). Il
était prévu de dormir un peu sur ce poste. David ne traine pas. Fany me dit
qu’il s’est couché et m’a réservé un lit. Je croise un raideur qui a un strap
au niveau de l’insertion du fascia lata sur l’extérieur du genou gauche. Je lui
demande que lui arrive-t-il. Il me dit que le médecin vient de l’empêcher de
repartir. Le médecin est derrière lui lorsqu’il me demande : « et
toi ? ». Je m’empresse de répondre : « moi, tout va bien
merci ! ». Je passe par la case voiture pour me changer et mettre
rapidement des affaires sèches pour aller voir le kiné (un magicien celui-ci),
puis le doc en minimisant toujours ma douleur auprès des instances médicales.
Avec le recul je crois que celui qui aurait tenté de m’enlever le dossard, il
aurait ramassé… Je rejoins David pour tenter de dormir mais le sommeil ne vient
pas. La tente et froide et humide et le créole (belle langue au demeurant) me
monte à la tête surtout à partir de 90 décibels. Pendant ma tentative de
sommeil, Fany, toujours volontaire va réchauffer par friction un gars
complètement gelé qui souffre du froid. Tellement qu’elle s’investit, j’entends
des coureurs qui lui posent des questions comme si elle était la responsable du
poste, à la limite de râler. Elle est coutumière du fait. Je me souviens un
raid dans l’Aveyron où elle nous avait accompagné (Philou et moi) et où nous
l’avions retrouvée en pleine pampa en train de gérer le pointage des coureurs.
N’arrivant pas à dormir, je retourne à la voiture où Cathy avait réussi
l’exploit de sécher toutes nos affaires. Une magicienne cette Cathy, un comble
quand on sait qu’elle craint le froid. Une fois les affaires sèches enfilées,
Fany m’apprend que David est réveillé et prêt à en découdre avec deux autres
filles, ils m’attendent. Les massages et la récupération m’aillant fait du
bien, je décide de les rejoindre… en boitant.
En effet, David m’attend avec
deux autres filles… dont Corine Favre. J’ai peur que leur rythme soit trop
élevé pour ma tendinite et moi mais soit, le bisou et on plonge dans le Sentier
Scout. Je ne reverrai Fany que plus de 15h00 après…
Sentier Scout – Maïdo

Ames sensibles s’abstenir. Le
Chao. Le néant. Toutes proportions gardées bien entendu, cela reste du sport
donc, à priori du plaisir… Je vais vivre les 15h00 les plus difficiles de cette
épreuve mais je ne le sais pas encore. Nous entamons la descente avec Corine,
David et « La Miss » comme l’appelle Corine. Je redoute de les
retarder à cause de mon incapacité à descendre. Le rythme est soutenu mais
acceptable. En descente, ils trottinent et
j’arrive à m’accrocher en marchant rapidement, toujours la jambe gauche tendue.
Des coureurs nous doublent et la Miss prend une aspiration. Nous nous
retrouvons à trois. J’ai vraiment l’impression de les ralentir. Je leur propose
de les laisser avancer à leur rythme mais David refuse. Je me remémore une
partie de la descente jonchée de racines ultra-glissante. D’ailleurs je
chuterai à plusieurs reprises. Rien de grave, juste des glissades, mais chaque
faux mouvement est un calvaire qui accentue ma douleur au genou. Nous arrivons
au ravito d’Ilet à Bourse, ravito sommaire. Je repars le plus rapidement
possible et prend quelques encablure d’avance sur David et Corine. A ce
moment-là, rien que le fait d’être devant me fait du bien à la tête (pas aux
jambes malheureusement).
C’est dans ces moments de
souffrance qu’il nous arrive de faire des choses invraisemblables. C’est ce qui
va se passer. Je ne sais quelle mouche m’a piqué, je me mets tout à coup à
ramasser des feuilles sèches, je les roules, les tasses et fabrique tant bien
que mal une talonnette orthopédique. En effet, ayant déjà souffert d’une TFL
(tendinite du fascia lata) le podologue m’avait relevé l’arrière du pied, alors
pourquoi pas essayer ? Et bien l’essai ne fut pas transformé, c’est le
moins que l’on puisse dire. Cela aura eu le mérite de me faire penser à autre
chose et de faire sourire David. Je ne sais pas s’il s’en rappelle d’ailleurs.
Nous arrivons tant bien que mal à
Grand Place les Bas. Poste qui représentera quelques heures plus tard le
tournant de mon Grand Raid. Alors que David court à la tente de repos pour se
reposer comme cela était prévu, pour ma part je cours à la tente médicale.
J’avoue pour la première fois mon degré de souffrance au médecin. Il ne peut
pas faire grand-chose. Je ressors, dépité, affaibli, triste et trouve Corine
qui souhaitait se reposer, assise sur un banc. Je lui cède mon tour puisque
nous devions faire la queue pour obtenir des lits, elle part se reposer.
Sur ces entre-faits, je rencontre
un coureur qui semble présenter les mêmes maux que moi. Nous échangeons
rapidement, il m’annonce qu’il abandonne là. Je me résigne alors et lui
dit : « de même pour moi, la douleur est insupportable ».
Seulement à 2h00 du matin, impossible de se faire rapatrier. Je ne comprends
pas trop quels sont les moyens à disposition, des 4x4 à priori mais ce n’est
pas sous la responsabilité de l’organisateur… pas grave l’essentiel est de
rentrer et de pouvoir se faire récupérer par Fany. Fany d’ailleurs… je lui
annonce mon abandon par SMS. Je prévois de dormir un peu jusqu’à 5h00 du matin
et de chercher un moyen de transport dès le petit matin. Nous nous mettons
d’accord avec mon nouveau compagnon pour partir ensemble à notre réveil, le
premier réveillé devant avertir l’autre. Je vais alors me coucher, peu fier,
mais complètement résigné. Je trouve une place entre David et Corine qui
avaient prévu de dormir une heure, pas plus. Je décide de garder mon dossard,
au moins jusqu’au lendemain matin. Quelques minutes plus tard, David se
réveille. Nos regards se croisent. Je lui annonce mon abandon et lui demande
continuer sans moi. Je ne sais pas s’il me croit ou pas, mais ce qui est sûr
c’est qu’il doit repartir, penser à lui, penser à sa course, penser à son
combat qui est loin d’être gagné, même débarrassé de son boulet de partenaire
du début. Il réveille Corine et partent tous les deux à la conquête du Maïdo.
Je m’endors dans ce confort relatif.
C’est une compétitrice qui
cherche un lit, éreintée, qui me réveille aux alentours de 5 heures du matin.
Le chef de poste (le meilleur de tous ceux que nous avons rencontrés) notait
tout sur son calepin : n° de lit, nom du compétiteur et heure souhaitée de
réveil. Il annonça à la dame qu’il n’avait rien pour l’instant. Je me levai
alors pour lui céder ma couverture et mon lit. Elle fut ravie et s’écroula à
son tour. Comme convenu la « veille », je me mis à chercher mon
compagnon d’infortune. Impossible de mettre la main dessus. Je n’osais pas
soulever les couvertures pour voir les têtes des endormis. Après un détour par
le ravito pour prendre mon petit-déjeuner, je me suis lassé de cette situation.
Dans un sursaut d’orgueil, malgré la douleur qui n’avait pas disparu durant la
nuit, je pris un Doliprane et me décida à repartir à mon tour à la conquête du
Maïdo. J’avise rapidement Fany par SMS et démarre tranquillement la montée au
départ de Grand Place les Bas. Malgé la douleur, je suis physiquement frais, je
décide de rester en dedans et me greffe à un wagon de raideurs en restant sur
l’arrière du peloton. La montée se passa plutôt bien… en revanche, la descente
fut un calvaire. A nouveau de nombreux compétiteurs me doublaient. Moi, j’étais
contraint de les laisser passer dans les descentes vertigineuses qui menaient à
Roche Plate.
Dans le petit faux-plat
descendant vers Roche Plate, alors que deux raideurs m’avaient offert un bâton
trainant sur le chemin, un compétiteur me demanda jusqu’où comptais-je aller de
la sorte. Je lui répondis : « jusqu’au bout ! ». Il répliqua immédiatement : « quel
courage, tu es fou ! ». Je me suis dit : doucement avec les
compliments, je suis tellement à fleur de peau, que n’importe quel signe de
compassion pouvait me faire verser des larmes.
Arrivé au pointage de Roche
Plate, je savais que Fany allait être rassurée une fois le SMS reçu. Je fais un
détour par la case médecin. C’est le 3ème que je rencontre depuis
Sentier Scout. Et je reçois un 3ème avis différent non pas sur le
diagnostic mais sur le traitement. Ce dernier fut plus direct :
« enlève le strap c’est contre-productif et de toute façon il n’y rien à
faire… ». Au moins je savais à quoi m’en tenir… Je repars sans m’attarder
au ravito, juste le temps de faire le plein. J’attaque la montée du Maïdo en me
calant au train derrière un raideur à l’allure sage et constante. Malgré tout,
cela devenait très dur, la chaleur, le genou, la chaleur encore…
Au cours d’un temps faible, je le
fais reprendre par mon clone (réunionnais lui). La même démarche, les mêmes
souffrances et une détermination sans faille. Je lui demande jusqu’où
compte-t-il aller. Il me répond… devinez… « La Redoute ». Quel
courage me dis-je. Je décide de lui emboiter le pas sans le lâcher jusqu’au col
du Maïdo. La montée devint très difficile pour moi mais sur le haut, les
échanges avec les randonneurs curieux éloignent mon esprit des maux et
faiblesses que je peux ressentir. L’arrivée au col est magique. 1h00 avant vous
commencez à entendre les encouragements des supporters massés tels une arrivée
du tour de France en haut de l’Alpe d’Huez (j’exagère à peine). C’est ultra
motivant d’autant plus que j’y rejoins Fany, enfin c’est ce qui est prévu. Bien
que la pente s’adoucisse sur la fin, cela devient de plus en plus dur pour moi,
mais je m’accroche et m’efforce d’avoir un semblant de bonne mine pour rassurer
ma supportrice. Alors que je suis à quelques encablures du sommet, je devine
des cris stridents. Pour ceux qui connaissent Fany, vous comprendrez que je
m’attende à la voir. Et bien non ! Personne… enfin, personne qui ressemble
à Fany en tous cas. Je cache ma déception, souris pour les personnes qui
m’encouragent et continue ma route vers le poste de ravitaillement situé 1km
plus bas. La pente est douce mais la douleur est insoutenable. Je mettrai 20
min pour parcourir ce dernier km. J’arrive au ravito, pointe et passe la tente
sans m’alimenter. Je cherche Fany et Séve mais en vain, je ne trouve personne.
Ma seule consolation est un carré d’herbe confortable sur lequel je vais
m’affaler le regard vide dirigé vers le sol sans personne pour me comprendre,
pour me plaindre, pour m’encourager. C’est là que je reçois un sms de Fany qui
me dit être au col du Maïdo !!! Je lui réponds que je suis passé, que
c’est trop tard. Elle s’empresse de descendre via le sentier des raideurs, il
parait qu’elle allait plus vite que les compétiteurs. Lorsqu’elle arrive, je
lui reproche à demi-mot de ne pas avoir été présente au bon moment, au bon
endroit, la voix peine de sanglots. Je suis en train de vivre ma seconde
fracture morale et annonce à Fany que j’abandonne. Elle ne comprend pas. En
même temps, je sais qu’elle ne peut pas comprendre car elle ne sait pas ce que
j’endure depuis le sommet du Taïbit. C’est décidé, cette fois c’est terminé. Je
n’arrive pas à manger le Cari Poulet qu’elle est allé me chercher, je ne veux
plus boire, je veux juste rentrer. C’est alors qu’arrive Séve. Telles deux
magicienne, elles vont entreprendre leurs soins moraux et physiques. Les deux
sont liés. Le massage fera du bien à la tête et aux jambes, le doliprane aussi
à priori. Je reçois un sms de mon père et me voilà à nouveau au bord des larmes.
Fany s’occupe de mon sac de course et me voilà en deux temps trois mouvements
reparti alors que 15 min avant je ne pouvais même plus me lever.
Maïdo – Ilet Savannah
Je débute la descente accompagnée
de Fany sur les premiers hectomètres. Le rythme est faible mais au-delà de
toutes les espérances que j’aurais pu avoir voilà 30 min. Des coureurs me
dépassent mais sur les parties montantes j’arrive à en rattraper certains.
Cependant je ressens une grande frustration. Cette portion de 15 km serait
l’endroit rêvé pour dérouler et approcher des vitesses jusque-là utopiques. Je
suis condamné à marcher et à m’écarter pour ne pas gêner les raideurs qui
déboulent en descente. Ceux qui me connaissent me comprendront… et compatiront
je l’espère (quoi qu’inutile). Ce qui aurait pu être du plaisir se transforme
en chemin de croix. Pire encore lorsque je traverse les champs de géranium et
de canne à sucre empruntant des chemins de terre rouge ultra roulants. Soit, il
n’y rien à faire d’autre, simplement patienter et lutter.
Alors que le chemin rejoint des
habitations, un réunionnais nous regardant passer nous annonce la fin à 200 m.
Visiblement il avait un problème avec les distances, le ravito se trouvera
finalement à plus de 2 km. Et ne pensez pas que j’ai mal compris, car nous
sommes 5 à avoir mal compris… Cela aura au moins eu le mérite de me faire rire.
J’arrive au ravito de l’école
Sans Soucis. Ce nom est à lui seul un paradoxe. Je me souviens m’être fait la
réflexion un bon nombre de fois tout au long de ces 12 km de descente :
« mais comment peut-on appeler une école Sans Soucis alors que l’école ne
représente que des soucis ? Ou alors, il ne doit pas y avoir
d’instituteur ? » et bien d’autres suggestions qui me permettaient de
déconnecter mon esprit de la douleur au genou… Je peux aujourd’hui remercier
finalement celui ou celle qui aura eu la riche idée de donner ce nom farfelu à
cette école. Et surtout je peux remercier les bénévoles qui ont eu la très
riche idée d’y préparer des crêpes au fromage ! Un délice… non endémique à
l’île mais un délice quand même. Je ne tarde pas et ne fais même pas le plein
de mon sac car d’après le carnet de route, le stade Halte-là se trouve à
seulement 3 km. Quand je vous disais qu’ils avaient des problèmes avec les
distances. Le stade se situait à 5 km ! Pas un de moins. Je débute donc la
descente douce dans les rues de ce village jusqu’à un sentier indiqué par des
bénévoles, beaucoup plus abrupt. Impossible de descendre. Alors que je tente de
bricoler un bâton de fortune, un des bénévoles court vers moi pour m’en donner
un, digne de ce nom. Il avait dû le récupérer précédemment. Un don du ciel.
Quelle amabilité ces gens qui vous encouragent et vous aident avec leur bonne
humeur et leurs sourires. Malgré l’aide du bâton, la descente est rude. C’est
alors que j’aperçois une randonneuse en sens inverse du chemin… Fany !
Elle s’impatientait au stade et a donc choisi de venir à ma rencontre. Encore
une fois, quel plaisir. En lui parlant j’en oublie la douleur. Le cheminement
le long de la berge rocailleuse de la rivière des galets me fait plus penser à
une ballade et me déconnecte encore une fois de la réalité. Réalité qui ne va
pas tarder à me rattraper d’ailleurs. Une fois la rivière traversée, on
emprunte un chemin dont seul les réunionnais ont le secret. C’est simple :
pour aller d’un point A à une altitude de 100 m (par exemple) jusqu’à un point
B à une altitude de 200 m, eux, arrivent à vous coller 300 m de dénivelé
positif. Cela ne fait que monter et descendre. Je terminerai le chemin à
l’agonie - je pèse mes mots – il n’y avait qu’à voir la tête de Cathy à mon
arrivée au stade. Je termine très usé par la descente tant physiquement que
moralement. Heureusement, Super Fredo est là avec ces pitchounes. Toutes ces
filles rien que pour moi… elles gèrent. Repas, sac de course, un bref passage
par la tente des kinés et par la case dodo. Fany veille sur moi car Fredo et
Cathy doivent repartir au prochain rendez-vous car David déboule. Lui c’est
énorme ! Il ne peut plus marcher, il est contraint de courir la faute à
ses tendinites des releveurs sur le devant du tibia. Le rêve… courir… c’est
loin d’être mon cas.
La tente est confortable, les
couvertures nombreuses et chaudes. Je pars pour 1h00 de sommeil. Je sens la
présence bienveillante de Fany et je m’endors sereinement. Au bout d’un quart
d’heure : garde à vous ! Le sommeil, même bref, fut réparateur. Je me
dis que c’est le moment. Me voilà reparti avec mon bâton de prophète. J’attaque
la 3ème nuit, elle n’était pas prévue…
Ilet Savannah – La Redoute
Je redoute (sans faire de mauvais
esprit) le chemin qui se présente à moi mais à priori, les dénivelés sont moins
importants que ceux que nous avons pu rencontrer jusqu’à présent et les
sentiers devraient être moins techniques. Je profite d’un coureur placé
quelques dizaines de mètres devant moi pour lui emboiter le pas. Problème… je
n’arrive pas à suivre son rythme pourtant pas très envolé. Une fois sorti de la
partie urbaine, les chemins sont certes roulants mais très étroits ce qui
m’empêche de faire mon arc de cercle caractéristique de ma jambe gauche bloquée
en position tendue. Je profite d’un élargissement du sentier pour grappiller le
terrain perdu sur mon poisson pilote du moment, je le double même et me
surprends en retrouvant des jambes malgré ce satané genou bloqué. Je me situe à
ce moment aux alentours de la 720ème place et les raideurs
rencontrés ne courent plus mais marche, parfois laborieusement. Je rentre sans
le savoir encore dans un moment de grâce relative où le moteur sera performant.
Seule la mécanique faillira. Je reprends cependant au cours des quelques km de
montée une dizaine de coureurs et reçois au passage quelques remarques (c’est
de bonne guerre) sur mon bâton, du genre : « Oulala ! Tu montes
bien avec ton bâton toi !! ». Alors que nous attaquons une portion en
fau-plat descendant, nous rejoignons les coureurs du trail du Bourbon - ceux de
la Mascareignes sont tous arrivés me semble-t-il – qui évoluent sur le même
rythme que moi, en descente du moins. Le peloton se densifie et je redoute des
parties plus descendantes car je me dis que je vais encore devoir laisser
passer tout ce petit monde. Sur la route qui mène au ravito du chemin Ratineau,
je me surprends à « courir », toujours jambe tendue, emporté par
l’élan collectif. Arrivé au poste de pointage, je fais un arrêt éclair en
estimant que j’ai suffisamment de charge dans le sac pour atteindre Possession.
C’est le début d’une très belle remontée, eu égard à mon état. J’entends tout à
coup, au détour d’un chemin : « Quelle chance d’avoir un
bâton !! ». Je me dis : « reste calme… » Et dans ma
tête les mots qui viennent sont : « Tu la veux ma chance ? Tu le
veux mon bâton ? Et surtout tu le veux mon genou, c - n - - d ?! ». Mais il ne pouvait pas savoir, c’est
d’ailleurs pour ça que ces mots ne sont pas sortis de ma bouche. Soit, pris de
colère, je jetai mon fidèle compagnon le bâton dans le fossé et repris ma
marche en avant doté d’une volonté décuplée par cet échange virtuel. Quelques
hectomètres plus loin, la descente tant redoutée arriva (sans mon bâton). En
revanche ce coup-ci, le chao du chemin et le dénivelé contraint les coureurs à
descendre en se pendant à des lianes, à se jeter sur des cailloux, bref, à
faire le singe. Etant donné que pour cette descente, les bras travaillent plus
que les jambes, je suis loin d’être à mon désavantage et me retrouve même dans
les bouchons en pestant intérieurement sur la lenteur des
« Bourbons ». Nous arrivons en bas du chemin et comme souvent à la
Réunion, cette belle descente laisse place à une très (!) belle montée. Je
m’accroche et continue ma marche en avant en reprenant bon nombre de coureurs.
Le chemin en faux-plat, tantôt montant tantôt descendant, qui suit est une
bénédiction pour mon genou. J’arrive à avancer rapidement et double, sans me
faire doubler. Je me souviens avoir rattrapé deux coureurs, rester quelques
secondes derrière eux et leur demander pardon pour les dépasser. L’un d’eux me
rétorque : « mais tu peux passer sur le côté !! ». Je lui
réponds : « Ben non… désolé ». Alors il s’écarte et me regarde
passer. Je m’excuse à nouveau en lui précisant que j’ai besoin d’amplitude ce
qu’il constate en m’observant de derrière. C’est à ce moment que
j’entends : « Mais c’est toi que j’ai vu dans Mafate hier avec
ton bâton ? ». Je lui réponds : « je ne sais pas si c’était
moi, mais en tout cas j’y étais… ». En me laissant partir il me dit :
« Quel courage ! » et raconte l’anecdote à son binôme du moment.
Je peux vous dire que cela m’a regonflé et m’a permis encore de mettre une
couche et de continuer à accélérer. J’arrive quelques minutes plus tard dans
une partie plus urbanisée qui laisse présumer de la proximité du ravito de Possession.
Cela faisait bien 3h00 que j’étais parti du stade alors que Fredo m’avait
annoncé 2h00 pour rejoindre la Possession. Je comprenais pourquoi… C’était pour
me garder motivé. Elle est trop forte… les étapes de 2h00 rythment l’avancée du
coureur alors qu’au-delà, dans sa tête, c’est un autre chantier auquel on se
prépare. Il faut dire que Fredo avait l’expérience des 3 Grands Raids
d’Olivier… et accessoirement la sensibilité et l’empathie nécessaire pour
adapter son discours au raideur encouragé. Alors que je rejoins la ville et la
rue bitumée, je passe ce petit groupe qui encourageait tous les compétiteurs et
entend « Monsieur ! On se connait non ? ». C’était Fany qui
avait fait du chemin pour me rejoindre, comme à son habitude. Nous arrivons
ensemble au ravito de Possession, dans une cour d’école. L’ambiance est
surréaliste et chaleureuse, les supporters sont là, massés en nombre. Il faut
dire que les trois parcours passaient par ce point stratégique qui annonçait
(bientôt) la fin. Je passe au pointage rapidement en rassurant mes fidèles
suiveuses sur mon état et en leur précisant même que je me sens pousser des
ailes (toutes proportions gardées bien sûr). Fredo me conseille de ne pas trop
m’arrêter, juste le temps de se faire masser l’amont et l’aval de ma tendinite.
Le massage est le soin le plus efficace puisque détendant toute la chaine
musculaire.
Je profite donc de ma forme
actuelle pour repartir au plus vite accompagné par Fany et Fredo sur les quelques
centaines de mètres de route. D’ailleurs… cette route… des raideurs en
souffrance se ravitaillent à l’arrière des voitures et des 4x4 tous coffres
ouverts. Je me demande candidement si tous les coureurs parcourent tous les
kilomètres… après tout, ça les regarde. Nous continuons jusqu’au pied du chemin
des (amis ennemis) Anglais. Les filles me quittent afin de se rendre
auprès de Séve qui attend incessamment sous peu l’arrivé de Philou à Ilet
Savannah. Nous devons nous rejoindre à Grande Chaloupe. A ce moment, la
pression est là pour Philou car il avait attaqué la descente du Maïdo 5h00
avant la fermeture du pointage d’Ilet Savannah. J’apprendrai à Grande Chaloupe
qu’il assure et gère au mieux pour passer facilement les portes horaires.
J’attaque donc la montée connue suite à la description d’Olivier et la reco de
Céline. Ce chemin est une sorte d’éboulis au milieu duquel se trouve un genre
d’alignement de pavés géants qu’il est préférable de viser pour l’efficacité de
la foulée et le confort. A l’image de ce que je ressens depuis le stade,
j’avance remarquablement rapidement en côte. Certains coureurs tentent de
m’emboiter le pas mais en vain. La montée en trois paliers se passe plutôt
bien… j’allais payer cash cette arrogance très rapidement. La courte mais raide
descente qui mène à Grande Chaloupe fut un enfer, tous ceux que j’avais doublé
me rattrapèrent et me passèrent sans que je ne puisse lutter. Je commençais
cependant à y être habitué mais c’est très frustrant de ne pouvoir s’exprimer
avec toutes ses armes. La vue de Fany et Fredo fera du bien au moral. Nous
courons tous les trois jusqu’au pointage et là, à nouveau elles prennent tout
en main. Fany qui est devenue experte en remise à niveau des sacs de courses
gère mon ravito, Fredo s’occupe de ma tendinite. Et comme à Possession, je
repars au plus tôt afin de profiter du moment de forme.
J’attaque la seconde partie du
chemin des Anglais, direction Colorado. Et comme précédemment, je reprends des
coureurs, Bourbon et Grand Raid confondus motivé de surcroit par un micro
challenge dans cette aventure : Fredo m’annonce le temps de David entre
Grande Chaloupe et Colorado à savoir 2h30 environ. Mon objectif, c’est con je
le reconnais, est de le battre ! Je fais la montée de Colorado sur le même
rythme, élevé, sans courir, mais rapide. Les parties descendantes me font
pester. Je me dis : « Là David a dû courir… » et cela me fait
encore accélérer en montée. Je ne me ferai doubler par aucun compétiteur.
Quelques hectomètres avant
Colorado, je rattrape un coureur du Bourbon. Il me semble qu’il s’est égaré
puisque les parcours se séparaient précédemment. Je lui dis :
« Excuse-moi, je crois que tu te trompes de chemin ». Il me
répond : « Ça descend jusqu’en bas, ça descend jusqu’en bas… ». Il était en léthargie totale. Il avançait
parce que son cerveau était programmé pour le faire avancer mais il ne savait
pas où il allait. Tout s’est bien terminé car je l’ai croisé dans l’avion du
retour.
Arrivé à Colorado, où je savais
que Fany et Fredo m’attendaient, je m’empresse de pointer sachant que cela
déclenchera la sortie de la voiture de mes supportrices. J’ai gagné 100 places
depuis le stade d’Ilet Savannah. La forme est toujours présente, j’aimerais
arriver avant le lever du jour. Un passage rapide par le ravito puisqu’il ne
reste qu’une heure de descente environ et me voilà reparti avec l’appréhension
du dénivelé négatif à venir. Les filles m’accompagnent jusqu’au début de la
descente et me laissent m’enfoncer dans la forêt direction le Redoute.
L’émotion est déjà là, vive intense d’autant plus que je me remémore le chemin
parcouru et notamment les deux gros moments de doute (Grand Place et le Maïdo).
Malgré l’odeur de la terre battue
du stade de plus en plus présente, je vécu un des moments les plus difficiles
du Raid, le plus difficile depuis le Maïdo. La descente fut un long chemin
de croix, les pieds en feu, le genou douloureux, impossible de plier la jambe.
Alors que tous les coureurs trouvent à ce moment les ressources nécessaires
pour accélérer, moi je suis contraint de claudiquer entre racines et cailloux
m’arrêtant sans cesse soit pour laisser passer des coureurs, soit pour
récupérer de mes efforts. Fredo m’avait pour le coup averti. Certains
descendent en marche arrière, ou pire encore, sur les fesses. Je confirme. Je
l’ai fait. Quoi ? Et bien tout. La descente en marche arrière et la
descente sur les fesses. J’ai même tenté la descente en crabe. Désespéré, je me
suis essayé sur les mains ! Non, ça ce n’est pas vrai… Je continue
péniblement mon chemin et voilà que le jour se lève, je suis à peine à la
moitié.
Tout à coup, à la sortie d’une
épingle formée par le chemin j’aperçois un raideur subvenir à un besoin
pressant à peine à mètre du chemin.
C’est le genre de besoin « grosse commission » !! Désolé mais
c’est aussi ça l’aventure et c’est une image qui me reste et restera. C’est fou
comme le contexte influence la perception que nous pouvons avoir des
évènements…
Chemin faisant, la musique
émanant du stade, malgré l’horaire matinal, est de plus en plus présente. En revanche,
je n’ai pas l’impression d’avancer, Saint-Denis me parait toujours aussi
lointain. C’est alors, je ne m’y attendais pas encore, que j’aperçois Fany qui
comme à l’accoutumée faisait le chemin inverse et venait à ma rencontre. Elle
était accompagnée de Céline qui venait de gagner (d’écraser !) la
Mascareignes en terminant 5ème au scratch… un avion dans des
chaussures de trail…
C’était la dernière fois que Fany
venait me rejoindre, tout en bas c’était l’arrivée. Les derniers lacets étaient
bien raides, la douleur était insoutenable. Il fallait en finir. L’émotion
était là plus ou moins forte mais il fallait se concentrer pour ne pas se
laisser submerger par les sanglots. Tristesse d’avoir échoué dans le
chronomètre ou joie d’en terminer malgré les souffrances ? Je ne le sais
pas encore et ne suis pas sûr d’avoir besoin de trouver réponse à cette
question.
Les derniers mètres sur le plat,
sans aucune difficulté représentent l’épitaphe de ce combat gagné contre le
relief de cette île hors du commun, contre le chao des chemins, contre la
douleur qui ne m’abandonna plus depuis le 80ème km. En compagnie de
Fany qui fut là au départ et dans tous les moments difficiles, qui ne me
demanda jamais de m’arrêter, qui fut là pour toute la préparation depuis début
Août, qui est là depuis toujours…
Nous pénétrons sur ce stade, je
n’entends rien, je ne me hâte même pas. J’ai envie d’en profiter et malgré la
douleur bizarrement, je ne sais pas si j’ai envie que tout cela s’arrête… je ne
suis plus à quelques minutes maintenant, après avoir dépassé mon objectif de
près de 20h00…
Tout le monde est là…
Cathy. Ces yeux ne cachent pas
son émotion. Je crois surtout qu’elle était soulagée car c’était son mari qui
m’avait embarqué dans cette aventure…
Fredo. Tu nous auras fait tant de
bien avec toute ta petite famille et bien au-delà des massages et du Cari
Poulet… J
Sève. Tu ne vas pas tarder, tu
veilles ton homme. Il faut que tu lui fasses au moins autant de bien que ce que
tu m’as fait… mon aponévrose plantaire te dit merci aussi.
Olivier. Merci de nous avoir cédé
ton épouse pour ce séjour et merci pour tous tes conseils de passionné que tu
es…
Loulou et Manon. Je ne vous dis
pas merci pour tout le sable que vous m’avez jeté !!!
Philou. Tu es encore en plein
combat mais je sais que c’est gagné, c’est une question de temps maintenant.
Merci pour m’avoir entrainé dans ce monde-là voilà 7 ans de ça un jour où tu
revenais suant de ton footing méridien…
Céline. Sans toi je ne serais pas
là avec ce dossard agrafé à la ceinture. Merci pour tous tes conseils
alimentaires, logistiques, techniques et pour ton soutien de championne...
« Et où il est ce
con ? » Et oui c’est toi que je cherche le Dave… Toi l’instigateur de
cette aventure un soir d’automne 2011. Je sais que ce n’est pas trop dans nos
habitudes mais j’ai envie de te prendre dans mes bras, de te montrer que malgré
nos adieux dans Mafate, j’y suis arrivé, dans la douleur. J’ai envie de voir de
la fierté dans tes yeux. Vivement les prochaines séances de natation !!!
Fany. A voir ton émotion et ta
fierté je ne sais pas si tu ne l’as pas courue cette Diagonale ?! Mille
mercis et baisers pour ton soutien de chaque instant et pour avoir cru en moi
même dans les moments les plus difficiles.
Steph. Je ne sais pas si c’est le
manque de sommeil qui me procure des hallucinations mais je peux te voir là,
près de la ligne d’arrivée. On sera ensemble la prochaine fois.
A vous tous. Merci pour votre
soutien sans faille, pour vos messages touchants qui furent l’essence dont
j’avais, dont nous avions besoin ici, pendant ce combat.
Ca y est ! Je passe la
ligne. Un bénévole m’ôte ce bracelet que nous étions si fier de porter 3 jours
avant lors de la remise des dossards. Je récupère le tee-shirt jaune, le fameux
tee-shirt jaune et me dis : « Plus jamais… plus jamais ça… ».
La fatigue est là, bien présente.
Je m’écroule sur la table alors que Fany va récupérer le repas d’après-course.
Il ne me tarde qu’une chose… c’est de me coucher et de me laver les dents
aussi ! On remonte chez Fred et Olivier afin de se reposer pour être
présents pour l’arrivée de Philou, prévue dans 5h00 environ. Après la douche,
laborieuse, douloureuse, je vais me coucher à côté de… David. Et oui, nous
étions couchés côte à côte à Grand Place les Bas lorsque je lui annonce ma
capitulation. Nous voilà tous deux dans
le studio de nos hôtes à ronfler fiers du travail accompli. La boucle est
bouclée…
Pas encore ! Il est temps
d’aller accueillir le guerrier Philou. La force tranquille, c’est son slogan,
ce n’est pas pour rien. Il se fait attendre… Nous apprenons qu’il s’est proposé
pour porter des filles qui éprouvaient des difficultés à descendre. Un
véritable Saint-Bernard !
Ca y est ! Il arrive… en
courant ! Sève l’accompagne avec son sourire caractéristique et
légendaire. Il passe la ligne et s’empresse d’appeler ses trésors ce qui
exaltera son émotion, normal.
Nous avons tous les trois vaincu,
nous avons tous les trois survécu à la Diagonale des Fous, les chemins
empruntés furent différents mais ils ont tous mené au même endroit, à la
Redoute.
Je suis fier de vous mes amis.
Et après…
On ne sort pas indemne de la
Diagonale des Fous.
Nous repartons transformés
physiquement, mais cela devrait s’arranger avec le temps et quelques séances
d’ostéopathie.
Nous repartons certainement plus
fort moralement. Cette force morale nous servira dans la vie, au travail et
bien entendu dans nos prochains défis sportifs.
Nous repartons également chargés
d’émotions. D’ailleurs, heureusement que l’émotion ne pèse pas dans les
bagages… 10 jours après, au moment où je termine ces quelques pages (en
espérant ne pas trop vous avoir lassés), je rêve encore du Raid et suis prêt
chaque nuit à en découdre.
Nous repartons enfin, heureux et
émus d’avoir rencontré les membres de la famille C. désignés « meilleurs
guides réunionnais », « meilleurs hôtes réunionnais »,
« meilleurs conseillés techniques Grand Raid », « meilleurs
masseurs », « meilleurs pharmaciens » et pour finir
« meilleures jeteuses de sable ».
Merci à tous. On se revoit pour
le Norseman… ou avant pour l’Inferno Triathlon.